Question orale de M. Matthieu Daele à Mme Valérie Glatigny, ministre de l’Enseignement supérieur, de l’Enseignement de la Promotion sociale, des Hôpitaux universitaires, de l’Aide à la jeunesse, des Maisons de justice, de la Jeunesse, des Sports et de la Promotion de Bruxelles, intitulée
«Quel avenir pour le secteur de la jeunesse?»

M. Matthieu Daele (Ecolo).
Le 11 décembre dernier, 85 centres de jeunes regroupant entre autres des Centres d’animation et d’information jeunesse (CAIJ), des centres de rencontres et d’hébergement (CRH) et des maisons de jeunes, ainsi que 235 professionnels travaillant dans ou avec des centres de jeunes ont signé une carte blanche afin de faire entendre leur voix sur les difficultés qu’ils rencontrent actuellement.
Les signataires indiquent que la crise sanitaire que nous traversons a permis de mettre en évidence certains métiers, d’ordinaire trop peu valorisés. Parmi ceux-ci, les métiers du monde médical bien sûr, dont ils saluent le dévouement dans cette lutte pour la vie, mais aussi toutes ces fonctions nécessaires, directement ou indirectement, pour affronter l’épidémie et réduire ses effets. Beaucoup moins médiatisés, mais pourtant bien présents, les centres de jeunes (CJ) ont fait preuve d’une créativité hors du commun pour rester, au jour le jour, en relation avec les jeunes. Confinés dans leur appartement ou leur maison, ceux-ci ont pu compter sur le soutien de leurs animateurs pour répondre aux angoisses générées par cette situation inédite. Grâce à l’action des CJ, ils ont pu maintenir et nourrir des échanges avec d’autres jeunes et ont même pu poursuivre ou élaborer de nouveaux projets. L’inventivité dont les travailleurs des CJ font preuve est indéniablement une caractéristique de ce secteur. Les animateurs sont souvent habitués à accueillir et à s’occuper des jeunes avec fort peu de ressources.
À la racine de ce problème, les signataires de la carte blanche pointent un déséquilibre entre le décret qui régit le secteur et les missions qui leur sont confiées. Confrontés à des tâches importantes pour le bien-être de notre jeunesse, ils ne trouvent pas en écho les subventions utiles à leur concrétisation. Dès lors, ils indiquent être obligés de se lancer dans une course aux appels à projets, avec leur lot de tracasseries administratives, afin de pouvoir nouer les deux bouts.
Il en va de même pour la situation de l’emploi. Nous savons que ces travailleurs ne sont pas les mieux lotis. Entre faibles salaires et barèmes de référence qui, disent-ils, ne sont pas payés à 100% depuis plus de 20 ans, signer un contrat de travail en CJ relèverait du sacerdoce. Le cadre est financé grâce aux subventions accordées en vertu du décret, mais il est tellement étriqué pour permettre au secteur de remplir ses missions, que les employeurs des CJ recourent aux aides à l’emploi proposées par les pouvoirs régionaux. Ces aides permettent assurément de compléter les ressources humaines des CJ, mais propagent un climat d’instabilité considérable. Madame la Ministre, avez-vous eu connaissance de cette carte blanche? Quelles mesures comptez-vous prendre pour répondre aux craintes du secteur? En résumé, que leur répondez-vous?

Mme Valérie Glatigny (MR)
Lors de sa séance du 28 janvier, le gouvernement a validé en première lecture les modalités qui lui ont été présentées pour la répartition des moyens –1,5 million d’euros– visant à soutenir le secteur des CRH. Ces modalités ont été discutées au préalable avec le secteur. Cette nouvelle aide vient s’ajouter aux 715.000 euros octroyés aux CRH lors de la première vague de la pandémie.
Comme je l’ai dit lors de notre précédente commission, un système d’indemnisation forfaitaire a été privilégié afin de permettre une procédure administrative simplifiée. La période couverte par cette aide va du 1er septembre 2020 au 30 juin 2021. Cette période est divisée en tranches de deux mois. Autrement dit, un CRH pourra prétendre à cinq indemnités sur la totalité de la période. Cette indemnité sera calculée en tenant compte du taux d’occupation de la période concernée, en comparaison au taux d’occupation de 2019 multiplié par un facteur deux douzième.
Si le taux de la période concernée est inférieur à 80% d’occupation comparé à 2019, une indemnité sera octroyée. Au-delà de 80% d’occupation, aucune indemnité ne sera versée. Une autre condition a été fixée : les indemnités cumulées ne pourront dépasser 90% des recettes propres réalisées par le CRH en 2019. Le CRH devra remplir un formulaire en ligne, comme pendant la première vague, pour bénéficier de l’indemnité. Pour rappel, ce formulaire ne sera mis en ligne qu’après le passage du projet en deuxième lecture au gouvernement.
Concernant le courrier de la CCOJ, l’analyse de la situation et des différentes options est en cours. Je ne manquerai pas d’en informer le secteur dans les semaines qui viennent. La situation sanitaire demande un réajustement constant des mesures initialement prises pour garantir le bien-être et la santé de tous. C’est pour cette raison qu’un travail de collaboration, similaire à celui mené avec les CRH, sera entrepris avec les OJ afin de déterminer des modalités de soutien qui cadrent avec les réalités sectorielles. Les pistes évoquées dans le courrier méritent une analyse et une discussion; mon cabinet et l’administration travaillent donc sur ces options afin d’entamer un travail collaboratif avec les représentants du secteur. Je rappelle toutefois que cette deuxième enveloppe de 1,5 million a précisément pour but de soutenir les OJ, mais également les maisons de jeunes et les centres d’information des jeunes.
Voici quelques jours, j’ai pu obtenir, avec mes collègues, des assouplissements pour notre jeunesse. C’est une première étape dans le bon sens et l’objectif est de continuer à donner des perspectives à nos jeunes, en concertation avec le secteur et les experts sanitaires. Dans le cadre de ces réunions, une réflexion sera menée afin de déterminer les difficultés auxquelles le secteur de la jeunesse est confronté et d’y apporter des solutions.
Concernant la carte blanche, j’en ai bien sûr pris connaissance et ne peux que rejoindre ses signataires sur le travail essentiel d’éducation non formelle que réalisent les opérateurs du secteur de la jeunesse. Je compte travailler avec ces derniers à la reconnaissance du travail de qualité développé par les CJ et les organisations de jeunesse afin de le faire connaître au grand public. Créer une dynamique dans laquelle le jeune est à la fois destinataire et acteur des activités n’est pas aussi facile qu’on pourrait le croire. Or c’est là la force du secteur, son ADN : pour le jeune et par le jeune.
Pour ce qui est de la valorisation financière du secteur, dès le début de la législature, j’ai toujours voulu privilégier la transparence lors de mes diverses rencontres avec le secteur de la jeunesse.
Tout le monde connaît la situation financière de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cependant, je travaillerai toujours en collaboration avec le secteur pour trouver des solutions. L’obtention, lors du conclave, de l’indexation de moyens complémentaires pour apurer un arriéré ancien –de 2018 et 2019– et important en est la meilleure preuve.

M.Matthieu Daele (Ecolo).
Gardons-nous de faire abstraction de la réalité. Concernant les CRH, il n’est plus possible d’organiser l’hébergement, d’autant plus que ces centres sont confrontés à des pertes financières.
N’oublions pas le reste du secteur, à savoir toutes les maisons de jeunes, les organisations de jeunesse et les centres d’information jeunesse, qui accompagnent les jeunes dont le quotidien a été profondément bouleversé et dont le besoin de soutien est criant.
Est-il encore besoin de répéter que les jeunes souffrent énormément de la situation actuelle? Tous les professionnels du secteur de l’aide à la jeunesse sont là pour les accompagner au plus près. C’est leur travail. Ils le font depuis longtemps et ils sont les mieux placés pour apporter aux jeunes les aides et le soutien dont ceux-ci ont besoin.
Vous dites que les modalités de ces aides et ce soutien doivent cadrer avec la réalité et que c’est en discussion. Certes, les discussions avec les secteurs concernés sont importantes, mais il faudrait aussi que les initiatives publiques puissent aboutir sans retard afin que le décalage entre la souffrance des jeunes et la réponse qui y est apportée ne soit pas trop important.
Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter bon travail. Je compte sur vous pour atteindre ces objectifs de la manière la plus rapide et efficace possible.